Affaire Woerth : où est la République irréprochable promise par Nicolas Sarkozy ?
Par Yann Galut, mardi 29 juin 2010 à 14:49 :: Général :: #645 :: rss
Comme je l’ai publié ici même mercredi dernier, chaque jour qui passe apporte son lot de révélations sur le « ministre des retraites », comme une nouvelle pierre apportée à ce qui ressemble de plus en plus à un véritable chemin de croix.
Ces révélations, sans forcément jeter l’opprobre sur son intégrité, ne peuvent que susciter au moins la suspicion, au plus l’indignation, sur des pratiques indignes d’un serviteur de l’intérêt général.
Elles sont révélatrices d’un système mis en place par Nicolas Sarkozy, et dont il est lui-même le produit, qui fait de la collusion entre certaines élites politiques et le pouvoir de l’argent un principe de gouvernement. Elles sont révélatrices d’une conception du Pouvoir qui n’est pas digne de notre histoire démocratique et républicaine, qui privilégie l’intéressement personnel à l’intérêt général.
Il y a d’abord le dossier Bettencourt, avec ses multiples acteurs et rebondissements qui débouchent sur une formidable évasion fiscale (de la femme d’Eric Woerth qui dans le cadre de la holding Clymène a géré la fortune de Liliane Bettencourt avec Patrice de Maistre autre gestionnaire de la fortune de la milliardaire, au photographe accusé d’avoir abusé de la faiblesse de la patronne de l’Oréal, en passant par le maître d’hôtel à l’origine d’enregistrements pirates, etc.).
Il y a ensuite l’affaire des lingots d’or de l’héritier Peugeot, qui dans la foulée d’un cambriolage aurait limité – avec la bénédiction d’Eric Woerth ? - le montant estimé du vol à 150 000 euros (au lieu de 500 000 euros) pour éviter une enquête sur l’origine de son or…
Ce qui choque au plus haut point c’est le rôle qu’a joué Eric Woerth dans ces imbroglios financiers. A l’époque des faits, en tant que trésorier de l'UMP, Eric Woerth a en effet reçu légalement de l'argent de Liliane Bettencourt. Et c’est en tant qu’ancien ministre du Budget qu’il aurait géré les deux affaires précitées. Et lorsque le comptable d'un parti politique est aussi ministre, il ne peut se livrer à des intrigues financières sans qu'il y ait conflit d'intérêt. Une autre affaire qui ne laisse pas d’interroger illustre cette scandaleuse dérive : la création par sa femme, Sylviane Woerth d’une écurie de chevaux de course alors que son mari préparait une loi libéralisant les paris en ligne (entrée en vigueur début juin). Ou comment la Loi organise soudain un privilège (du latin privata lex, loi particulière)… au bénéfice d’intérêts très privés.
En bref, Eric Woerth se montre beaucoup trop indulgent vis-à-vis du pouvoir de l’argent et oublie qu’il est avant tout un administrateur de la chose publique. Quelle injustice flagrante finalement à l’heure où, désormais ministre du Travail, il demande à la majorité des Français qui gagnent durement leur vie au travail de faire des efforts supplémentaires ! Dans n’importe quel autre pays démocratique, Eric Woerth aurait démissionné. Il est au contraire soutenu envers et contre tous par Nicolas Sarkozy et François Fillon, il est vrai tous deux apôtres du Fouquet’s et du yacht de Bolloré.



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